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Cadre, limites et interdits : pourquoi sont-ils essentiels au développement de l’enfant ?

De la valeur du cadre, des limites et de l’interdit

H2 : Bienveillance et discipline : une fausse opposition ?

De la valeur du cadre, des limites et de l’interdit

PAR JOËLLE ALARCON, PSYCHOPÉDAGOGUE ET FONDATRICE DU JARDIN PÉDAGOGIQUE

Dans ma pratique, je constate que les parents, pétris de bonnes intentions et de l’envie d’élever leurs enfants dans la bienveillance et l’autonomisation, ont presque honte de parler de discipline ou de règles. Ils sont soulagés et réconfortés quand je leur dis que le cadre, les règles et la discipline font partie intégrante du processus éducatif, de la construction du psychisme de l’enfant, et donc de son bien-être tant émotionnel que cognitif. Il m’arrive même de rencontrer des parents dans la culpabilité de se mettre en colère contre leur enfant. Mais d’où vient cette idée qu’élever un enfant dans la bienveillance signifierait ne plus se mettre en colère, ne plus poser de cadre ni de limites, et ne surtout pas parler de discipline ?

Je crois que des éléments de réponse se trouvent dans l’évolution sociologique de la famille. Au temps de nos arrière-grands-parents, il s’agissait surtout d’éviter la mort des nourrissons, de ne pas tomber malade, d’arriver à l’âge adulte sans encombre, de trouver un travail et de fonder à son tour sa famille. L’enfant n’était pas considéré comme un individu singulier et les punitions et châtiments corporels étaient perçus comme éducatifs. La question du bonheur était donc loin d’être centrale. Il ne s’agit pas ici de juger l’histoire, mais bien d’en tirer des pistes de compréhension des comportements d’aujourd’hui.

Montessori, Dolto, etc.

Ces 40 dernières années, la place de l’enfant dans la famille a changé, notamment grâce au développement de l’accès à la contraception. Faire un enfant est devenu petit à petit un choix, un projet du couple, plaçant ainsi l’enfant à une place centrale dans le bonheur de la famille. Le parent veut désormais rendre son enfant heureux, et l’enfant « doit » faire le bonheur de ses parents. Les principes éducatifs ont aussi évolué au fil du temps, grâce entre autres aux travaux de pédagogues et médecins remarquables comme Maria Montessori ou encore Françoise Dolto, qui nous ont appris qu’un enfant est un petit être en évolution permanente, passant par des phases de développement psychique et physiologique bien particulières qu’il était important de respecter pour l’aider à grandir et à devenir un adulte structuré. Ces apports sont aujourd’hui de plus en plus démocratisés et même recherchés par les familles qui souhaitent avant tout le bonheur et l’épanouissement de leurs enfants.

Discipline = apprendre

Mais bienveillance éducative signifie-t-elle absence de discipline ? Le mot « discipline » vient du latin « disciplina » dérivé de « disciplus » (« disciple ») lui-même issu de « discere » qui signifie « apprendre ». À l’heure où la méditation et le yoga sont de plus en plus pratiqués pour leurs vertus de recentrage et de renforcement du corps et de l’esprit, il est pourtant délicat de penser discipline quand on parle de pédagogie positive. Pourtant, la discipline n’est-elle pas au cœur de ces deux pratiques ancestrales ? Peut-être que désormais, dans le souci permanent du bonheur de son enfant, les parents ont-ils peur que la discipline ou l’imposition de règles ne viennent gâcher le quotidien ? Voire même la qualité de la relation qui les unie ? Et si mon enfant ne m’aimait plus ? Me trouvait trop sévère et me rejetait ? Sans parler du « je ne serai pas aussi autoritaire que mes parents », car bien évidemment, nous élevons nos enfants aussi avec l’enfant intérieur qui est encore en nous !

Apprendre = liberté

Dans l’approche de Maria Montessori, qui place l’autonomie au cœur du processus pédagogique, le cadre est primordial, et le degré d’autonomie en fonction de l’âge également. La leçon de silence est aussi un excellent exemple de discipline que Maria Montessori pratiquait afin d’aider les enfants à développer leur intériorité. Il y a cette idée fondamentale que la discipline permet la liberté, par le développement de la confiance en soi, et donc de l’autonomie (et vice versa). Après tout, cela paraît logique quand on pense que « discipline » signifie étymologiquement « apprendre » … qu’est-ce qui conduit le plus à la liberté en ce monde, si ce n’est d’avoir la chance et le bonheur d’apprendre ?

Tolérance à la frustration

Alors comment poser des règles, un cadre, et demander de la discipline à un enfant tout en étant bienveillant ? Et bien je crois que là n’est pas la question : être bienveillant, c’est « veiller au bien ». Par l’amour, le soin, l’attention, l’écoute, la présence, le jeu, la tendresse, et aussi par le cadre rassurant, les limites, qui vont nourrir un besoin fondamental de tout être humain : le besoin de sécurité (affective, psychique et matérielle). Le parent incarne l’autorité dans sa fonction parentale, et c’est le respect de la place de chacun, dans l’amour et la considération, qui permet à l’enfant de grandir en se structurant. C’est aussi ce qui va lui apprendre à accepter et gérer la frustration, à mesure que va se développer la partie de son cerveau qui lui permet de raisonner et de prendre du recul sur certaines situations (jusqu’à atteindre sa maturité entre 20 et 30 ans). Ainsi, accepter un « non » ou un interdit en famille, c’est aussi apprendre la vie en collectivité et le respect de la liberté de l’autre.

La force des compliments descriptifs

La question de l’interdit accompagne souvent celle de la punition/récompense. On sait aujourd’hui que la punition n’a peu ou pas d’impacts à moyen et long terme. Elle peut même entraîner une escalade de sanctions et mettre adultes et enfants en opposition permanente. Ayant un effet très néfaste sur la construction de l’estime de soi, on la considère à présent comme inutile. Cependant, la récompense peut être un levier de motivation par son action directe sur la satisfaction ressentie grâce à la production de dopamine par notre cerveau. Récompenser un effort dans un domaine, le respect d’une règle (le temps d’écran par exemple) ou d’un interdit, peut passer simplement par un compliment descriptif : « bravo, tu as été persévérant », « je vois que tu as arrêté de toi-même ton jeu, tu es très responsable ». Cette démarche de renforcement positif a un impact direct sur la construction de l’estime de soi, de la confiance en soi et le développement de l’autonomie.

Si vous êtes un parent aimant et bienveillant, je vous invite donc à repenser vos croyances sur la discipline et le cadre, pour permettre à votre enfant de grandir en conscience de ses capacités, dans la confiance et le respect de lui-même, des autres et du monde.

Mini-bio

Convaincue que chaque individu possède un potentiel unique qui ne demande qu’à être révélé, Joëlle Alarcon travaille depuis 15 ans au service de sa passion : l’humain et la pédagogie. Diplômée en Master 2 Sciences de l’Education – Conseil et Formation en Education, elle a travaillé 10 ans comme coordinatrice pédagogique avant de créer le Jardin Pédagogique et réaliser un rêve : celui d’aider les apprenants de tout horizon à (re)trouver le plaisir d’apprendre et d’accompagner les professionnels de l’éducation à s’épanouir dans leur métier grâce à la psychopédagogie.

Plus d’infos : www.lejardinpedagogique.fr

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