1er Congrès

Jours
Heures
Minutes
Secondes

Personnaliser les apprentissages grâce à l’IA

Personnaliser les apprentissages grâce à l’IA : pédagogie, inclusion et différenciation

Personnaliser les apprentissages grâce à l’IA

PAR MATHILDA MICHEL, ENSEIGNANTE DE BTS

Depuis plusieurs années, la différenciation pédagogique s’impose comme une réponse incontournable à la diversité des profils d’élèves. En tant qu’enseignante en droit et en CEJM auprès d’étudiants de BTS, j’ai dès 2023 intégré l’intelligence artificielle dans mes pratiques, convaincue qu’elle peut enrichir nos méthodes et soutenir la réussite de chacun (voir mon article dans le numéro IA, ChatGPT : subir ou s’en saisir ?, sorti en janvier 2023).

Le principal atout de l’IA réside dans sa capacité d’analyse fine qui facilite la personnalisation des parcours. Là où il était difficile ou chronophage de répondre simultanément aux besoins spécifiques de chaque élève, la technologie permet aujourd’hui :

  • de reformuler les consignes ou simplifier les contenus, ce qui est précieux pour les étudiants en difficulté de lecture ou compréhension,
  • de générer des exercices individualisés selon le niveau et les lacunes identifiées, notamment via des quiz ou des cas pratiques tout en respectant les programmes,
  • d’offrir un retour immédiat, sous forme de corrections ou feedbacks automatisés, qui encouragent l’autonomie et la progression.

Concrètement, dans mes classes, j’incite mes étudiants à utiliser des assistants virtuels type GPT (alimentés par mes cours) pour interroger des notions qui leur posent problème ou pour élaborer des exemples (sur Chatgpt, Perplexity, Mistral… ). Cette démarche stimule leur curiosité et facilite le travail en autonomie.

Dans ma pratique, les feedbacks générés par l’IA ont trouvé leur place lors des corrections des évaluations. L’IA se concentre souvent sur des aspects formels, comme la précision lexicale ou la correction grammaticale. Cela me permet de me focaliser davantage sur l’analyse du fond et la cohérence des arguments. Je reste toujours présente pour valider, modérer ou nuancer les suggestions de l’outil, car certaines intelligences artificielles peuvent se montrer plus rigides, sanctionnant sévèrement des tournures maladroites que j’aurais pu comprendre, voire valoriser pour leur originalité ou leur sens. Cette complémentarité entre la machine et l’humain est essentielle et très bénéfique pour les élèves qui disposent alors d’une correction très complète pour les aider à progresser.

Accompagner les élèves en difficulté et à besoins spécifiques

L’IA est particulièrement utile pour soutenir les étudiants en difficulté, qu’ils aient des troubles d’apprentissage, des problèmes d’attention ou un manque de confiance. Plusieurs outils me paraissent particulièrement pertinents :

  • Les outils de conversion texte-parole et vice versa, qui facilitent l’accès à la lecture pour les dyslexiques ou dysorthographiques,
  • Les générateurs de cas pratiques adaptés, qui proposent des exercices progressifs et concrets pour renforcer les compétences,
  • Les formats audio ou vidéo, produits à partir de synthèses simplifiées, qui rendent les révisions plus attractives.

Pour ma part, je réalise fréquemment des résumés synthétiques que je convertis en podcasts ou en capsules vidéo avec NoteBookLM. Ces formats variés rencontrent un vif succès auprès des étudiants parce qu’ils permettent d’aborder les notions sous un angle différent et avec des outils adaptés à leur mode de consommation de l’information, renforçant ainsi leur confiance et leur autonomie, éléments cruciaux pour leur réussite. C’est l’outil d’intelligence artificielle que j’affectionne le plus en ce moment, celui que j’utilise chaque jour avec mes élèves… et même avec mes filles ! Il me permet de transformer leurs leçons en supports ludiques et personnalisés, créés en quelques secondes à partir de leurs propres fiches ou cahiers d’exercices. À l’approche du BTS, lorsque mes étudiants doivent assimiler un volume considérable de notions vues en classe pendant 2 ans, la conversion des contenus en formats audio ou vidéo devient un levier puissant pour réviser efficacement en plus des supports plus classiques comme les cartes mentales ou les fiches résumés.

Chat GPT, Gemini, Perplexity ou Mistral peuvent être des précieux alliés pour rendre les apprentissages plus inclusifs. Ces IA permettent de générer des cas pratiques adaptés aux élèves DYS, en simplifiant la formulation, en découpant les consignes, en clarifiant le vocabulaire et en proposant des versions progressives d’un même exercice. Je peux ainsi différencier mes supports, tout en maintenant les exigences de fond. Je conçois également mes propres GPT (Chat GPT) ou GEM (Gemini) personnalisés, paramétrés selon mes attentes en matière de simplification de consignes ou de reformulation de textes. Il me suffit ensuite d’y copier mes exercices pour générer automatiquement plusieurs niveaux de difficulté, ce qui facilite grandement la différenciation et l’adaptation des supports à la diversité des profils d’étudiants.En associant ceci à des outils de lecture vocale comme NaturalReader, ces cas deviennent accessibles, personnalisés et engageants, favorisant la réussite de tous les apprenants.

Ne pas laisser les inégalités se creuser

Toutefois, il est essentiel d’aborder l’IA avec lucidité, car elle n’est pas neutre. Certains risques sont à anticiper afin de ne pas accentuer les inégalités entre les élèves. L’accès au numérique est très inégal, selon les équipements, les connexions ou encore les compétences numériques des élèves. Je suis toujours très surprise de l’absence de connaissances ou de curiosité de mes élèves concernant les nouveaux outils IA. De nouvelles applications naissent chaque jour et peu d’entre eux sont au fait des dernières tendances.

Je veille donc à informer mes élèves et à les sensibiliser à l’importance d’un usage réfléchi et critique. Une formation à l’esprit critique est indispensable pour qu’ils apprennent à vérifier les sources, à identifier les biais, et à ne pas se contenter des premières réponses proposées. L’IA ne doit jamais remplacer le travail intellectuel, mais au contraire le soutenir et l’éclairer, nuance pas toujours facile à comprendre pour des élèves habitués à être notés sur le résultat d’une production et non sur la réflexion en elle-même.

Une posture renouvelée pour l’enseignant

Face à l’IA, notre rôle évolue mais reste central. Je me vois comme un accompagnateur qui guide les étudiants dans cet univers numérique. Plutôt que d’être un simple transmetteur, je deviens un médiateur qui expérimente, s’adapte et sélectionne les outils pertinents pour enrichir mes cours.

Cette posture demande curiosité, formation et ouverture. J’expérimente régulièrement de nouvelles approches, en acceptant que toutes ne soient pas immédiatement couronnées de succès. Ce travail d’adaptation constant me permet de proposer des contenus sur mesure, de répondre en direct aux besoins des étudiants en créant en quasi-instantanée du contenu pédagogique adapté à partir d’articles d’actualité, d’extraits de manuels ou de ressources juridiques…

Ce que je trouve très puissant, c’est la réactivité que permet l’IA : en trois minutes, après une question ou un blocage exprimé par un élève, je peux créer un exercice sur mesure ou reformuler une notion autrement. Cela renforce la dynamique de classe, valorise les prises de parole spontanées et soutient une pédagogie vivante, ajustée au fil de la séance.

J’intègre aussi les étudiants dans cette démarche : il est fondamental de les préparer à un usage responsable et éclairé de ces outils, qui seront incontournables dans leur vie professionnelle. Dans mes cours, nous prenons le temps d’analyser les réponses proposées par les IA pour identifier les biais, les approximations ou les oublis, et comprendre comment une machine raisonne. Ensemble, nous décryptons régulièrement l’actualité qui fait le buzz et les dernières innovations en intelligence artificielle, afin de comprendre leurs enjeux économiques, éthiques et juridiques. Cette analyse critique leur apprend à prendre du recul face à l’information, à distinguer le vrai du sensationnel et à réfléchir à l’impact de ces technologies sur leur futur métier. Parce que l’IA est un phénomène mondial, nous abordons également les enjeux internationaux : régulations européennes, stratégies américaines ou asiatiques, et la manière dont ces dynamiques influencent les entreprises et les marchés étudiés en CEJM, offrant ainsi une ouverture précieuse sur le monde professionnel globalisé.

Conclusion

Loin de remplacer le rôle central de l’enseignant, l’IA est un outil qui complète notre action en nous aidant à mieux répondre aux besoins spécifiques des étudiants. Chaque expérimentation confirme que ces technologies permettent de rendre la pédagogie plus vivante, inclusive et profondément humaine.

À propos de Mathilda Michel

Maman de trois enfants et créatrice du compte Instagram Paillettes_et_Imagination, Mathilda Michel conjugue passion personnelle et engagement professionnel avec détermination. Formatrice en droit et en CEJM pour des étudiants en BTS depuis 2018, elle s’efforce d’innover dans mes méthodes d’enseignement en y intégrant l’IA. Convaincue que l’IA est un levier majeur pour transformer l’éducation, elle s’attache à rendre l’apprentissage plus accessible et stimulant, tout en préparant les étudiants à un environnement professionnel en constante évolution. Conférencière et formatrice spécialisée en intelligence artificielle, elle accompagne les professionnels de l’éducation dans l’adoption de nouvelles pratiques pédagogiques, essentielles pour relever les défis futurs de leur métier.

Thématiques

Recevez gratuitement un kit pédagogique de 40 pages !

Explorez l'univers d'IEE

Émerveillement et soif d’apprendre : étouffons-nous la curiosité de nos enfants ?

Il est étonnant de voir un enfant de 18 mois courir vers une prise électrique ou tirer sur une nappe, sans qu’on ait besoin de lui promettre la moindre récompense. Ni les punitions, même les plus sévères, ne peuvent rivaliser avec le puissant désir de connaître, cet émerveillement, cette curiosité innée qui habite le jeune apprenti.