Par Charlotte Ducharme, créatrice de Cool Parents Make Happy Kids
Prendre soin de soi pour soutenir une parentalité apaisée
Il y a deux choses qui nous mettent des bâtons dans les roues d’une parentalité apaisée : notre culture du rapport de force et notre fatigue.
Notre culture du rapport de force, c’est ce rapport de domination avec l’enfant dont nous sommes très imprégnés en France : on veut que notre enfant fasse ce qu’on lui demande « parce que c’est nous l’adulte ». Et s’il ne le fait pas, on va se mettre très en colère car « il ne nous respecte pas », ou parce qu’il fait « un caprice ».
Mais l’autre chose qui nous éloigne aussi d’une parentalité apaisée, c’est la fatigue. On est souvent dans le déni total de notre fatigue : on est irritable, impatient, à vouloir que les choses avancent parce que… on n’en peut plus, on sature ! Ce qui est tout à fait normal quand on a zéro temps pour soi. Et en plus, quand on est trop accaparé par la logistique, c’est très difficile de profiter du temps avec notre enfant.
S’ajoute à cela que même si on aime notre enfant plus que tout, à un moment donné, c’est trop. C’est comme faire du vélo : on peut adorer ça, mais en faire H24, ce n’est plus un plaisir. D’où l’importance de faire d’autres choses qui nous épanouissent : un projet créatif, intellectuel, des amis, du sport, etc. D’ailleurs, parfois, on oublie même ce qui nous épanouit, tellement on s’est focalisé pendant des années sur nos enfants.
Donc prendre soin de nous, c’est accorder du temps à d’autres sujets qui nous remplissent, qui nous font nous sentir vivants, qui nous ouvrent aussi d’autres horizons : lire un bouquin en terrasse le samedi matin pendant que le/la partenaire, la voisine ou le grand-parent gère nos enfants. Ou tout simplement (oser) laisser notre enfant davantage au périscolaire, et prendre une heure pour un apéro avec un(e) ami(e) ou une heure de sport, avant de retrouver les enfants. Ou s’arranger avec d’autres parents : le lundi, il récupère tout le monde, le mardi, c’est nous ! Ou encore le mettre deux jours au centre de loisirs durant les vacances, et en profiter pour faire un truc qui nous enthousiasme, et recharger les batteries.
Notre enfant, lui aussi, va y gagner, il va retrouver son parent “en forme”, épanoui. On incarne ainsi probablement ce que l’on souhaite plus tard pour notre enfant : une vie épanouie.
Se dégager du temps quand on est parent : par où commencer ?
On l’entend assez et on en est bien conscient : il faut prendre soin de soi avant de prendre soin des autres… Facile à dire mais moins facile à faire dans un quotidien surchargé !
As-tu des astuces pour se dégager du temps en tant que parent ?
Mini-coaching pour lâcher prise en 4 étapes
Oui, beaucoup (rires). Mais encore faut-il réussir à lâcher prise ! Donc, je vous propose de vous mini-coacher en 4 étapes. Et si déjà, vous tentez d’e-s-s-a-y-e-r, de lâcher prise sur un truc pendant 15 jours, ce sera énorme ! Prenez un crayon et un papier, et c’est parti !
ÉTAPE 1 : Identifier ma ligne directrice
Question 1 : C’est quoi que je veux pour mon enfant plus tard ?
Qu’il fasse le métier de ses rêves ? Qu’il ose être lui-même ? Qu’il fasse des choses qui l’intéressent ? Etc.
Question 2 : Est-ce que je l’incarne ?
ÉTAPE 2 : Identifier ce qui est important pour moi
Question 3 : Dans ma période de vie actuelle, où ai-je envie de mettre mon énergie ?
Peut-être que c’est dans le commencent d’un projet, peut-être que c’est grandir sur soi dans une dimension de notre vie (avoir plus confiance en soi, se mettre moins en colère), peut-être que l’on a envie de faire des choses créatives, de lire, de se confectionner un habitat dans lequel l’on se sent bien, de passer du temps avec des amis, de se battre pour un monde meilleur… Qu’importe, mais de quoi on a envie en ce moment ? Ça peut être un cocktail de différentes choses.
En répondant à ces 3 questions, des tas de choses à la maison vont paraître moins importantes. Et on va plus facilement parvenir à lâcher prise sur certaines tâches ! Si vous avez répondu aux premières questions, on passe aux suivantes !
ÉTAPE 3 : Prendre conscience que l’on n’a pas le choix
Tout dépend bien sûr de la configuration de chacun, du nombre d’enfants, s’il y a deux parents à tout gérer, ou un seul, ou un et demi… Mais généralement, si on fait bien tout ce que l’on nous demande (activités, devoirs, rangement, repas bien préparés, bain, vie sociale des enfants, maison propre, être bien habillé, etc.), notre vie ressemblerait à un enchaînement de tâches.
Donc si on veut vivre aussi d’autres choses, nous n’avons pas d’autre choix que de mal faire ou de faire moins bien. Je vous donne mes propres exemples de choses sur lesquelles je lâche prise, même si vous allez me prendre pour une tarée (lire encadré).
Petit inventaire de mes lâcher-prises
-aucun repassage (ni pour moi ni pour eux) ;
-tant que mes enfants ne transpirent pas, ils peuvent mettre les habits 3 fois (à part les sous-vêtements) ;
pas de douche tous les jours s’ils ne sentent pas mauvais (les pré-ados en revanche, c’est plus que nécessaire) ;
-je mets tout au sèche-linge ;
-ménage tous les 15 jours, voire plus ;
-draps changés tous les 1 à 2 mois sauf s’ils sont sales ;
-je m’habille toujours pareil en hiver : un haut, le même jean, les mêmes baskets et 3 pulls différents ;
-pas systématiquement d’activité extra-scolaire pour les enfants : j’attends qu’ils soient autonomes pour y aller, ou d’avoir un parent de leurs amis avec qui on peut partager les trajets ;
-repas extrêmement simples : par exemple bâtonnets de concombre + riz + œuf au plat. Ou brocoli frais + gnocchis. Ou encore si j’ai pas le temps de faire les courses : haricots verts en boîte + poisson pané, ou encore pâte au ketchup tout simplement. C’est plus rapide que le batch cooking ;
-pas de visites systématiques chez le médecin dès qu’ils ont un truc. Parfois, j’attends que cela passe, et ça passe. Ou je fais une visio.
-l’organisation des anniversaires est souvent simple : inviter les copains au parc avec des pistolets à eau (c’est l’été !) C’est basique, pas de déco, mais une sacrée ambiance.
Je m’arrête là, car sinon on y est encore pendant trois pages, et je ne voudrais pas que l’on me lance des cailloux (rires).
J’aimerais tellement vous dire que j’ai une baguette magique, mais il faut se rendre à l’évidence : je ne suis pas capable de gérer mon entreprise, mes 3 enfants, et avoir du temps (et de la disponibilité mentale) pour moi, pour écrire mes livres, et tout faire bien. À moins d’avoir un(e) conjoint(e) qui fait tout, ce que certains hommes ont la chance d’avoir (rarement les femmes).
Bref, la seule solution pour avoir du temps pour soi : c’est de décider de passer moins de temps sur autre chose, ou de confier ses enfants à une gentille âme.
ÉTAPE 4 : Allez, vous essayez juste un petit truc ?
Pas de panique, vous n’êtes pas obligé de faire comme moi. Mais je vous invite à réfléchir à un truc que vous pourriez faire moins souvent, ou moins bien, et simplement essayer pendant 15 jours, pour voir si vraiment cela change tout ou pas.
Une autre façon de se projeter, c’est de s’imaginer à l’hôpital pendant un mois : qu’est-ce qui se passerait avec votre remplaçant ? Qu’est-ce qui serait bien moins fait (et au final, ça ne serait pas si grave) ?
Sur votre papier, notez un truc que vous pourriez moins faire. Et notez un truc que vous auriez trop envie de faire !
Trouver l’équilibre entre les besoins du parent et de l’enfant
Tu parles souvent de la notion de besoins, notamment de la nécessité de trouver un équilibre entre le respect des besoins du parent et de l’enfant. Peux-tu nous en dire plus ?
Trouver un équilibre entre les besoins du parent et ceux de l’enfant, ce n’est pas simple. Car ce qui nous épanouit, nous, n’épanouit pas forcément notre enfant. Par exemple, on a besoin de calme, et notre enfant, lui, a besoin au contraire de bouger, de faire le fou. Et le pire, c’est que chacun de nous a vraiment besoin de cela pour se sentir bien.
Le deuxième problème, c’est que notre société n’est pas organisée pour que parents et enfants prenions du plaisir dans les mêmes lieux. Soit, il faut aller se tirer une balle au square d’à côté pendant que notre enfant s’éclate. Soit c’est l’inverse : notre enfant traîne des pieds pour nous accompagner à notre visite ou notre activité de grands, où rien n’est prévu pour lui. Et du coup, il râle… Et nous, on n’aime pas qu’il râle…
Pour trouver des moyens que nous et notre enfant prenions plaisir à passer un dimanche après-midi, ou à passer la soirée ensemble en semaine, le maître mot, c’est la créativité. Il faut savoir sortir du cadre.
Je vous donne des exemples en vrac :
Une des mères que nous accompagnions n’en pouvait plus, car chaque dîner en semaine, ces jumeaux faisaient les fous, se tenaient mal, s’excitaient l’un l’autre, et le repas partait en cacahuète. Et elle n’avait pas pensé qu’elle pouvait très bien les faire dîner avant, qu’ils s’éclatent ensemble, et les parents dinaient après au calme.
Il m’est arrivé une situation similaire avec mon deuxième. À chaque repas en famille, pendant les vacances, c’était la pression. Et bien durant cette semaine-là, il a préféré prendre ses repas dans la pièce d’à côté, tout seul, avec un petit jouet. Cela évitait qu’on l’embête parce qu’il se tenait pas bien, parce qu’il ne mangeait pas de tout, parce qu’il sortait trop vite de table, etc. Et puis l’année d’après, il avait grandi, et tout se passait mieux.
Autre exemple : une maman que l’on accompagnait dans notre coaching avait un rituel : tous les samedis, elle allait au parc avec son enfant, elle se mettait en tenue de sport avec un tapis, et pendant que lui s’amusait, elle faisait des squats, des abdos, etc.
Quand le soir, c’est la pagaille à la maison, j’envoie ma dernière (6 ans) jouer au basket dans l’impasse d’à côté avec la voisine (11 ans). Même s’il est tard. Cela me permet d’avoir un moment cool avec les deux grands, et les deux filles sont trop contentes, en plus elles se sont dépensées. Ce n’est pas “commun”, mais tout le monde s’y retrouve, la maman solo de la voisine aussi (encore faut-il avoir une impasse évidemment. Mais elle pourrait aussi aller jouer chez la voisine). Ensuite, en revanche, illico au lit !
Nos enfants ont davantage besoin de bouger, de jouer avec leurs amis, et quand on respecte leur besoin, bien souvent tout se passe mieux. Pareil pour nous, nous avons besoin de moments tranquilles, sans être sollicités, et c’est aussi ainsi que l’on pète moins de câbles.
Alors osons parfois un peu sortir du cadre, pour trouver des solutions où tout le monde s’y retrouve.
Être un bon parent : être une personne épanouie ?
Je suis convaincue que ce que nous avons le plus de chance de transmettre à nos enfants, ce n’est pas ce que nous leur disons, c’est ce que nous sommes. Pas ce que nous leur imposons, mais davantage ce que nous nous imposons.
Même si, rassurons-nous, ce n’est pas automatique : heureusement, nos enfants ont aussi leur libre arbitre et peuvent vouloir prendre le total contre-pied.
Et il me semble que c’est plus facile de s’autoriser à faire quelque chose une fois adulte, quand on a vu que nos propres parents se l’autorisaient (et qu’on ne l’a pas mal vécu).
Aussi, on aura beau faire tous les efforts éducatifs que l’on veut, on sait que ce dont notre enfant va le plus pâtir, ou ce que nous avons le plus de chances de lui transmettre, ce sont nos propres blessures, colères, angoisses, ou pètes au casque.
Parfois, en regardant notre conjoint(e) ou ex-conjoint(e), on voit qu’il ou elle a hérité de certains traits de ses parents, en moins prononcé, heureusement (rires) ! Car je pense que l’on s’améliore de génération en génération justement. Et que chacun, à notre niveau, on peut “être” un peu mieux que nos parents, et nos enfants seront à leur tour un peu mieux que nous.
Donc pas de pression, on ne peut pas nous, en vie, régler toutes nos casseroles, mais je pense que l’on gagne à en régler quelques-unes. Et que c’est le plus beau cadeau que l’on peut faire à nos enfants. Et au passage, c’est mieux pour nous aussi !

