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Montrer l’exemple : le seul vrai moyen d’éduquer ses enfants ?

Montrer l’exemple : le seul vrai moyen d’éduquer ?

PAR GABRIELLE D. MARCHAND, PSYCHOÉDUCATRICE ET PROPRIÉTAIRE DU REPÈRE DES PARENTS

On ne peut parler d’exemple ni d’éducation sans passer sous silence la pression énorme qui repose sur les épaules des parents aujourd’hui. Entre les normes sociales, les réseaux sociaux et la comparaison constante entre parents, la recherche de perfection est omniprésente. On vit dans une culture de l’image où, face à une norme artificielle, on croit que tout le monde réussit mieux que nous. L’explosion des livres, ressources et formations sur la parentalité amène parfois un discours contradictoire. Devant cette abondance d’informations, non seulement les parents que je rencontre présentent des difficultés à retrouver leur propre valeur, mais craignent surtout de faire le mauvais choix face à leurs interventions.

Le fait d’entendre l’importance d’être un modèle génère chez plusieurs parents un mélange d’émotions : culpabilité, honte, stress… et surtout cette impression stressante de devoir faire bien, voire parfaitement, pour être un bon parent. L’importance d’être un modèle renforce chez plusieurs l’idée qu’il faut être un parent parfait pour montrer le bon exemple et permettre à nos enfants de devenir des adultes équilibrés. Malheureusement, cette compréhension est souvent mal interprétée, ce qui crée un stress énorme sur les épaules des parents face à leur rôle et leurs propres défis. Il est important de comprendre toutes les facettes de cela afin de bien l’intégrer dans notre quotidien.

Ce qui, selon moi, ressort comme étant le côté positif de tous ces questionnements, c’est la volonté profonde de vouloir faire mieux avec nos enfants, de se soucier de leur développement physique et affectif et de leur bien-être. Malheureusement, cette préoccupation vient aussi avec beaucoup d’inquiétudes et de remises en question. On entend de plus en plus les professionnels nommer l’importance de montrer l’exemple. On le dit souvent : les enfants apprennent par imitation. J’admets que c’est vrai, mais il est essentiel de replacer cette affirmation dans son contexte et d’en expliquer les nuances.

Dans la vraie vie, personne ne peut être parfait 100 % du temps ni rester constamment en contrôle avec le rythme effréné de notre quotidien, nos propres émotions, nos ambitions et tous les obstacles qui se présentent. Au fond, la parentalité nous demande d’être humains et vrais avant d’être parfaits.

Dans ma pratique de psychoéducatrice et comme maman, je vois à quel point les parents tentent déjà de faire de leur mieux. Ils cherchent à accompagner leurs enfants avec bienveillance et douceur, à les encadrer sans les écraser et à les guider plutôt qu’à les pousser à obéir. Mais il faut être réaliste : entre l’image du parent idéal qu’on aimerait atteindre et les défis du quotidien, il existe un fossé immense. C’est dans cet espace que se joue réellement l’impact de l’éducation que l’on tente de transmettre.

Ce que les enfants apprennent réellement en nous regardant

C’est une question essentielle qui nous aide à mieux comprendre notre rôle et ce qui repose réellement sur nos épaules comme parents. La science nous dit que les enfants captent notre façon d’être. Ils ne font pas que nous écouter, ils ressentent nos émotions, remarquent nos gestes et nos attitudes. En quelque sorte, leur cerveau se connecte au nôtre.

La structure du cerveau qui est responsable de cette capacité à décoder ce qui se passe dans l’environnement, et à nous alerter face à ce qui peut être menaçant, se nomme les neurones miroirs. Ils nous confirment quelque chose qu’on ressent intuitivement avant même de le rationaliser. Lorsque nous tentons de cacher une situation ou une émotion, nos enfants le ressentent et finissent par nous envoyer des signaux pour nous permettre de nous mettre en action. Il est donc important de ne pas chercher à cacher comment on se sent, tant qu’on reste une figure stable, on leur enseigne à être vrais et à ressentir des émotions en nommant les nôtres.

Montrer l’exemple, ce n’est pas montrer qu’on ne se trompe jamais. C’est montrer comment on se relève, comment on se parle, comment on répare nos erreurs et comment on prend soin de notre équilibre malgré tout.

La nuance essentielle : ils apprennent aussi de nos imperfections

La plus grande nuance à comprendre est que nos enfants n’apprennent pas uniquement de nos bons coups. Quand on prend une pause, qu’on respire avant de réagir, qu’on s’excuse ou qu’on répare après avoir perdu patience, ils le voient aussi et ils apprennent. Cette partie de notre parentalité est profondément éducative.

Montrer l’exemple, ce n’est pas montrer qu’on ne se trompe jamais. C’est montrer comment on se relève, comment on se parle, comment on répare nos erreurs et comment on prend soin de notre équilibre malgré tout. Les situations où l’on adopte des comportements qui ne sont pas optimaux ou alignés avec nos valeurs ne signifient pas que nous avons échoué, mais plutôt que nous sommes humains et qu’il nous arrive à nous aussi de nous tromper. Cela normalise l’erreur et met l’accent sur le processus d’apprentissage, qui est riche en connexions. Il devient plus facile de connecter avec nos enfants quand on reste vrai et qu’on accepte que la perfection ne soit pas un objectif atteignable.

La parentalité ne devrait pas être une recherche de performance

Si on demande à 100 parents ce qu’est être « un bon parent », on obtiendra 100 réponses différentes. Pourtant, la plupart ont le même réflexe : essayer de faire ce qu’ils pensent qu’il faudrait selon le regard et les opinions externes, plutôt que ce qui est réaliste et cohérent avec leurs valeurs. On se compare, on s’évalue, on se demande si on a dit la bonne chose ou réagi de la bonne façon.

À force de vouloir incarner le « modèle parfait », on oublie l’essentiel : les enfants ont besoin d’un parent vivant, connecté, pas d’un parent impeccable.

L’imperfection expliquée : une possibilité d’apprentissage infinie

L’imperfection, lorsqu’elle est expliquée, devient une possibilité d’apprentissage très riche. Être imparfait et le nommer est probablement la partie la plus importante.

Oui, nos contradictions font partie de l’éducation

Nos contradictions font partie d’une éducation souple et réaliste. On pourrait croire qu’elles risquent de créer de l’incohérence, mais en réalité, c’est tout à fait normal : la vie est pleine de nuances.

L’exemple le plus puissant : prendre soin de soi

Beaucoup de parents que je rencontre ne se permettent pas de prendre du temps pour eux. Pourtant, prendre soin de soi est un apprentissage en soi.

Alors, est-ce que montrer l’exemple veut dire être un parent parfait ?

Non. Montrer l’exemple, ce n’est pas offrir une version idéalisée de nous-mêmes. C’est offrir une version authentique, humaine et en apprentissage.

Nos enfants ont besoin de modèles sincères : des adultes qui les aiment, les encadrent, les accompagnent et qui ne s’oublient pas à travers leur parentalité.

Mini Bio

Psychoéducatrice, propriétaire du Repère des Parents, conférencière, formatrice et mère de trois enfants, Gabrielle D. Marchand s’intéresse à la réalité émotionnelle des parents et aux nuances du quotidien familial. Son parcours personnel et professionnel lui a appris que la parentalité se construit dans la relation, l’attachement et le respect du rythme de chacun. Formée en intervention relationnelle, accompagnement à la naissance, portage et langage des signes pour bébé, elle ancre ma pratique dans la douceur, la sensibilité et l’authenticité en soutenant les parents à se reconnecter à leur instinct.

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