Au secours ! Mon enfant fait une crise

Au secours ! Mon enfant fait une crise 

Les neurosciences au secours des parents

Quel parent n’a jamais redouté une crise de son enfant au supermarché, dans le train, au parc, ou encore à la maison pour les devoirs, le dîner et au moment du coucher ? L’apprentissage et la régulation des émotions sont au centre du développement de l’enfant. Ces dernières années, les neurosciences ont apporté un éclairage majeur sur le sujet. Ce champ d’études constitue une révolution dans le domaine de l’éducation : pour la première fois, elles semblent nous donner un mode d’emploi du cerveau humain ! Résultat : une meilleure compréhension des processus internes, mais aussi et surtout une autre lecture des crises de l’enfant, qui laissent aux parents un sentiment d’embarras et d’impuissance. Cette meilleure compréhension vise une communication plus adaptée, moins de pression face aux pleurs et aux crises (qui sont parfois juste normales), et des solutions pour améliorer le climat relationnel à la maison.

Les crises révèlent une immaturité émotionnelle

Les crises sont typiques lorsqu’un enfant a du mal à réguler ses émotions. Au supermarché, l’enfant veut acheter ce paquet de bonbons et ses parents ont dit non. Alors il se met à hurler, se roule par terre, se cogne la tête contre le mur ou le sol. Il ne le sait pas, mais quand il agit ainsi, il est complètement prisonnier de son amygdale. Elle déclenche le circuit qui entraîne le stress et qui donne ces « gestes d’attaque » : je lance quelque chose, je tape, je me cogne. Ce sont des comportements instinctifs inscrits à l’intérieur de nous, et les petits enfants n’ont pas encore les moyens de les contrôler. 

Lorsqu’une crise se déclenche sur une petite frustration comme l’exemple du bonbon, elle est probablement dûe à une accumulation de frustrations plutôt que de la simple privation d’un désir immédiat. D’où l’importance d’être attentifs aux différents facteurs de stress que vit un enfant dans la journée. Fournissez-lui des espaces pour s’en libérer, en jouant, en bougeant, en courant, en parlant de ce qui est dur… pour qu’il ne l’exprime pas en bagarre.

Pourquoi les parents sont-ils les cibles des crises ?

Lorsqu’un enfant est stressé, la première réaction la plus saine pour son organisme, c’est l’attaque. Mais il ne va pas oser attaquer n’importe qui. Alors, quand il va retrouver son papa ou sa maman, figures d’attachement principales. Il va se sentir assez en sécurité pour exprimer son stress avec eux, même s’il le fait en les tapant ou en hurlant. 

Évidemment, on ne va pas le laisser nous frapper et nous faire mal, mais on doit comprendre ce qu’il se passe réellement : il est en train de nous montrer qu’il est stressé et qu’il a besoin qu’on l’aide à calmer le circuit de stress. Donc l’attitude va être complètement différente. Je ne vais pas lui dire « tu arrêtes ça tout de suite », cela engendrerait un stress supplémentaire et aggraverait la situation. Je vais plutôt lui dire « qu’est-ce qu’il s’est passé pour toi à la crèche, ou à l’école ? »

Nous savons aujourd’hui que la plupart des comportements d’enfants sont juste logiques, naturels et inscrits dans leurs structures neuronales. Ils ont des besoins et la plupart du temps, les comportements expriment un besoin plutôt qu’une tentative de manipulation du parent. 

Quelles limites poser pour régler les conflits  ? 

Avant, on croyait qu’il suffisait de poser des limites et des interdits aux enfants. Aujourd’hui, grâce à l’IRM fonctionnelle, on sait qu’il y a peu de liens entre le cerveau préfrontal (qui décide et qui est capable de limiter) et la zone de l’impulsion à l’action. 

Ce n’est donc pas en termes de limites et d’interdit qu’il faut raisonner. Pour autant, certains parents craignent qu’en ne posant pas de limites, ils contribuent malgré eux à faire de leur progéniture un enfant-roi. Il ne s’agit pas de tout permettre aux enfants, les comportements doivent être encadrés par des règles, mais, cette idée d’enfant-roi est issue de la psychanalyse.

En effet, la psychanalyse est basée sur l’idée que l’enfant a des pulsions perverses polymorphes et que l’adulte doit poser des limites à ces pulsions pour que l’enfant devienne un adulte responsable. L’enfant grandit à travers des castrations symboliques. Et donc, dans ce système de pensée, si des limites ne sont pas posées, l’enfant devient un enfant-roi, dépassé par ses pulsions. 

Mais la théorie de l’attachement pose d’autres prémisses. Selon cette théorie, l’enfant n’est pas doté de pulsions, il vient au monde avec des besoins. Le job du parent n’est donc pas de mettre des limites aux pulsions, mais de remplir les besoins de l’enfant : du contact, de l’attachement, du lait, toute la sécurité physique et affective dont il a besoin. Cela donne des perspectives totalement différentes.

Aider son enfant à réguler ses émotions

La première chose, c’est nommer la bonne émotion et ça n’est pas toujours simple. Si l’enfant se met à hurler, ce n’est pas forcément de la colère, c’est peut-être du dégoût. À ce moment-là, si on lui dit « tu es en colère? Je comprends ta colère », il ne va pas s’arrêter, au contraire ! … Même chose s’il a une colère silencieuse : si on lui dit « tu es triste ? Je comprends ta tristesse », on risque de majorer son émotion. Bien comprendre et nommer l’émotion de l’enfant est important, car quand l’émotion est reconnue, en général, elle s’arrête. 

Ce recul sur les émotions est difficile pour nous adultes qui n’avons pas forcément appris à identifier nos émotions ! Nous manquons de repères. Il importe d’apprendre à identifier les émotions, les nommer et les relier à ce qu’il se passe. 

  • La colère est l’émotion face à une frustration. 
  • On éprouve du dégoût face à l’injustice. 
  • La peur est l’émotion qui est activée face à un danger ou à l’inconnu. 
  • La joie est l’émotion de la rencontre, du succès, quand on se sent vivre. 
  • La tristesse surgit lorsque nous vivons une perte. 

Chaque émotion a une fonction, et c’est vraiment important de connaître cette fonction pour pouvoir accompagner l’enfant. La deuxième chose importante, c’est d’aider l’enfant à reconnaître ce qu’il se passe dans le corps et sur le visage quand on a une émotion. Pour ça, on va regarder des dessins animés, des livres. Par exemple, quand on lit une histoire à l’enfant, on peut lui dire « regarde le petit poussin, il est perdu ! Quelle émotion il ressent, à ton avis ? » Comme ça, on va nommer puis enseigner aux enfants à reconnaître leurs émotions mais aussi celles des autres.

Être le miroir des émotions de l’enfant

Les enfants nous imitent ! Nous avons donc tout intérêt à montrer nos émotions et même à les exagérer face aux tout petits et à montrer comment nous les régulons. Par exemple, je suis énervée suite à un coup de fil… alors, je râle ouvertement devant mon enfant en disant « Ce réparateur de télé, il m’énerve, il ne peut pas venir ! Je suis tellement en colère que j’ai envie de jeter le téléphone par terre ! … je vais plutôt respirer et me calmer… » En faisant cela, je décris ce qui se passe en moi, puis je montre la solution à l’enfant, je lui montre une technique. « Ça y est, j’ai soufflé, je me sens mieux… ». Ensuite on va reprendre cette technique en jouant aux peluches ou aux Playmobil avec l’enfant. « Celui-là est énervé… il souffle ! » Souffler est une technique, mais il y en a plein d’autres : boire à la paille, sauter, regarder de la verdure, etc. 

N’oublions pas tout de même que ces techniques anti-stress ne doivent pas éluder l’écoute des causes de l’émotion ! Mais il est important de réaliser que l’émotion, c’est pas seulement dans la tête. Oui, il se passe des choses dans le cerveau, mais ça envoie des hormones qui mobilisent le corps. Donc chaque émotion est associée à un ensemble de sensations physiques. Quand un enfant traverse une forte colère, reconnaître sa colère, en entendre les causes est important, mais il peut aussi avoir besoin de taper des pieds, de lancer, de sortir son énergie pour se sentir puissant. 

Nommer l’émotion de suffit pas

Toute crise n’est pas forcément qu’une question d’émotion. Un enfant qui chahute en classe peut être stressé à cause d’une situation particulière et son comportement exprime très probablement un besoin. On ne va donc pas partir sur l’émotion, on va d’abord tenter d’identifier le besoin. Alors on va prendre un temps pour discuter avec lui et afin d’identifier ce qu’il est en train de vivre. Quelle est la problématique dans laquelle il est perdu. Et dans cette problématique, il peut y avoir toute une gamme d’émotions : de la peur, du dégoût, de la honte, de la tristesse… Et on va écouter chaque émotion.  

C’est important d’en parler, car un des problèmes de l’éducation positive, c’est que les gens peuvent être parfois trop superficiels. Ils pensent qu’en nommant une émotion, cela va régler le problème. Alors ils le font et s’étonnent que ça ne marche pas. Ça n’est pas aussi simple ! Prenons l’exemple du deuil : un enfant a un hamster et un jour, le petit animal de compagnie meurt. D’abord, c’est le choc, l’enfant ne veut pas y croire. Et puis il y a un refus, une révolte donc de la colère. Puis il va y avoir une phase de dégoût : « c’est pas juste ! » Après ça, il va y avoir de la peur : « mais qu’est-ce que je vais faire ? » et « Il est où mon hamster ? » Et ensuite, de la tristesse, l’émotion d’acceptation… Donc pour un même événement, on va accompagner toute une gamme d’émotions, et aller jusqu’à celle de l’amour. Accompagner l’amour va aider l’enfant à enterrer son hamster et il pourra éprouver de la joie à poser des fleurs et à se souvenir des frasques de son animal de compagnie. 

Retrouvez plus de conseils et d’inspirations sur les neurosciences dans le 2ème numéro du magazine Innovation en Éducation. Pour aller plus loin, vous pouvez aussi découvrir les richesses de la neuroéducation, un sujet abordé dans le 39ème épisode du podcast Innovation en éducation.

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