7ème Congrès
Innovation en Éducation

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Être parent actuellement, quelle histoire !

PAR CATHERINE GUEGUEN, AUTEURE ET CONFÉRENCIÈRE

Commençons par une excellente nouvelle : être parent modifie de façon positive le cerveau. En 2025, une étude sur 38 000 parents montre qu’il existe plus de connexions neuronales entre certaines régions cérébrales, notamment dans les régions sensorimotrices, aussi bien chez les mères que chez les pères. Et plus une personne a d’enfants plus ce phénomène est important. Donc parents, prenez confiance, vous avez les capacités nécessaires pour élever votre enfant même si certains jours vous vous sentez démunis.

De quoi l’enfant a besoin pour se sentir en sécurité ?

Personne ne vous apprend à être parent. Pourtant, c’est l’une des tâches les plus complexes au monde. Mais posez-vous une question : de quoi avez-vous besoin vous pour vous sentir bien ? À cette question que je posais aux parents en consultation, ils me répondaient tous :
« J’ai besoin d’être entendu, compris dans ce que je ressens, dans ce que je pense. J’ai besoin aussi d’être aimé, soutenu, encouragé. ».
Vous avez alors une des clés pour élever votre enfant.

Comprendre les émotions, les besoins de votre enfant

Comme tous les besoins, ceux de l’enfant sont des besoins universels. Nous, adultes, avons donc les mêmes besoins que lui. Une des différences entre l’enfant et l’adulte est l’immaturité et la grande fragilité de son cerveau qui rendent ses besoins de compréhension, de mise en confiance, d’attention et de tendresse encore plus indispensables.

Quand vous comprenez les émotions, les besoins, les pensées qui traversent votre enfant et que vous savez le réconforter quand il est en détresse alors il se sent bien, accepté tel qu’il est, en confiance. Il sait qu’il peut compter sur vous, il est en sécurité affective.

Quand votre enfant est en proie à la colère, à l’anxiété, à la tristesse, aux doutes il a absolument besoin de sentir :
« Oui, je suis aimé et non rejeté quand je suis en colère, anxieux, triste, plein de doutes. »

Quand votre enfant sait qu’il peut exprimer sans réserve ses émotions, qu’il est écouté, compris, la maison familiale est un lieu de ressourcement, d’apaisement indispensable où il peut partager ses joies et ses peines.

Si votre enfant sent qu’il n’est pas jugé, critiqué, que vous parents vous n’êtes pas intrusifs, il continuera d’échanger avec vous, même à l’adolescence quand il en aura besoin. Sinon adolescent, dans ses moments de doutes, il cherchera de l’aide, du réconfort, ailleurs.

« Je veux savoir ce qu’il pense. Il ne me dit rien. Je veux connaître ses relations, savoir qui il fréquente. » Le parent s’inquiète, veut protéger son adolescent. Mais une attitude intrusive qui le force à s’exprimer quand lui n’en a pas envie, produira l’effet contraire, et se sentant surveillé, il se fermera.

EXERGUE
Les grands discours moralisateurs agacent l’enfant et l’adolescent. Ils ne les écoutent pas !

L’enfant a besoin d’un guide aimant et encourageant

L’enfant a aussi besoin, bien entendu, d’un parent qui soit aimant, chaleureux, soutenant, encourageant, qui le guide, lui fasse découvrir le monde et le laisse explorer,

Donner des repères clairs rassure l’enfant

Enfin, l’enfant a besoin d’un parent qui lui donne des repères, sait dire non quand il a un comportement inadéquat mais sans l’humilier verbalement ou physiquement. Les repères se transmettent d’abord par notre façon d’être, par ce que nous faisons, par l’exemple. Les grands discours moralisateurs agacent et mettent en colère l’enfant et l’adolescent. Ils ne les écoutent pas. En cas de comportements inadéquats dire seulement :
« On ne dit pas cela, on ne fait pas cela » et toujours terminer par :
« Je te fais confiance, tu vas réussir à ne plus dire cela à ne plus faire cela. ».
Bien entendu, si l’enfant souhaite des explications, on échange avec lui.

Apprendre à l’enfant à ne pas se vivre en termes d’échec ou de réussite, mais d’accord avec lui-même

Dire à chaque enfant qu’il est unique, que son chemin sera tout à fait singulier, le réconforte car chacun se construit à partir de son patrimoine génétique et de toutes les expériences et rencontres jalonnant sa vie. Il aime s’entendre dire qu’il possède des talents, des richesses à développer différents de ses frères, sœurs ou camarades. Quand les parents rappellent à l’enfant que la qualité d’un être humain ne se mesure pas à l’aune de son physique, de ses réussites scolaires, sportives, ou autres mais de la connaissance et du développement de ses propres ressources, qui le met en harmonie avec ce qu’il est, sans en tirer une quelconque idée de supériorité ou d’infériorité qui l’amènerait à entretenir des rapports de domination ou de victimisation avec les autres, il apprend à ne pas se comparer et à s’accepter. L’enfant ne se vivra pas alors en termes d’échec ou de réussite mais il vivra pour être en harmonie avec lui-même.

Le conseil de famille

Faire un conseil de famille tous ensemble, par exemple une fois par semaine, est un moment réellement fédérateur. Dans un cahier, on note : qu’est-ce qui nous permettrait de nous sentir bien ensemble ? Qui a des idées ? Chacun propose des solutions concrètes… Les enfants, les adolescents sont fiers, ravis de participer. Ils se sentent considérés, valorisés, ils aiment contribuer aux règles établies dans une famille. Cela renforce leur sentiment d’appartenance à la famille. Les parents sont souvent très surpris de voir que leur enfant qui rechignait à participer aux tâches de la maison, a soudain des initiatives, des idées auxquelles ils ne s’attendaient pas du tout. L’enfant n’est pas sous la contrainte, il sent qu’on lui fait confiance, qu’il est libre de faire des propositions, ce qui décuple son désir d’apporter son énergie, ses idées, sa créativité au bien-être de la famille.

On fait le point 8 jours après. Tout le monde n’a pas appliqué les règles de façon stricte ce n’est pas grave, mais au moins on a essayé. Le plus souvent, toute la famille progresse assez rapidement. Généralement, c’est vers 5-6 ans que les enfants participent pleinement. Avant cet âge, ils sont là et participent à leur façon.

Quand on s’énerve

Il serait nécessaire que vous, parents, soyez à l’aise avec vos propres émotions et que vous montriez à votre enfant comment vous régulez vos émotions quand elles vous submergent. Tous les parents, un jour ou l’autre, perdent patience, s’énervent, crient, ont envie de baisser les bras, disent des paroles ou font des gestes qu’ils regrettent ensuite et parfois aussitôt. Le reconnaître et s’excuser est très éducatif pour l’enfant. Il prend conscience que les adultes commettent des erreurs, comme lui, et que l’on apprend de ses erreurs.

Votre enfant a une notion aiguë de ce qui est juste ou non. Vous, parents, vous n’avez pas à craindre de perdre la face devant votre enfant. Au contraire, votre enfant vous respectera beaucoup plus si vous avez été capable de reconnaître vos faux pas.
« Je suis désolé, je regrette de t’avoir dit cela, de t’avoir menacé… J’étais très énervé et j’ai réagi immédiatement sans réfléchir. Je ne souhaite plus me comporter comme cela. »
Votre enfant vous imitera alors en ne cachant pas ses faiblesses et en ne s’effondrant pas quand il fera des erreurs. Ce sera pour lui l’occasion de mieux se comprendre, d’apprendre et de repartir.

Quand vous êtes énervé parce que votre enfant a un comportement inadéquat, si vous lui dites :
« Tu m’énerves ! »
Votre enfant va se sentir en faute, responsable de votre énervement, il se vit comme un enfant mauvais et va perdre confiance en lui.

En fait, dans cet exemple, vous avez atteint vos propres limites et vous pouvez apprendre à réguler votre énervement. Plus vous êtes attentif à vos émotions, qui sont d’abord des manifestations corporelles, plus vous pouvez les réguler.

Dites alors à votre enfant :
« Là maintenant, je sens que j’ai atteint mes limites, je sens que la colère monte : je commence à avoir la voix qui tremble, je sens de la chaleur, mon cœur s’accélère. Il est temps que je fasse une pause, que je m’éloigne, que je respire tranquillement ».

L’enfant va imiter ses parents et dès 4 ans, j’ai vu des enfants qui font de même :
« Là j’ai envie de taper ma petite sœur, il faut que je me calme, que je m’éloigne et fasse une grande respiration ».

Quand on n’en peut plus

Dans ces moments-là, surtout ne restez pas seul. Demander de l’aide sans culpabilité à des personnes en qui vous avez confiance, à votre conjoint, à votre famille, à vos amis, à un voisin. Il n’y aucune honte à rencontrer des difficultés avec son enfant. Cela arrive à tout le monde !

Un conseil : peut-être pouvez-vous confier votre enfant un après-midi, une soirée, un week-end à des personnes qui aiment les enfants, amis, famille, pour décompresser. Et surtout, pensez à faire aussi ce qui vous fait du bien : marchez, courez, nagez, lisez, chantez, dansez, méditez, etc.

Par contre, si vous sentez que vous êtes déprimé, prêt à craquer, à disjoncter, à perdre patience avec votre enfant, à le secouer, à le frapper, n’attendez pas, allez consulter votre médecin. Ceci est valable pour les deux parents.

Et pour terminer voici quelques pistes faciles à mettre en œuvre et qui ont des effets très positifs :

Passez 10 mn par jour avec votre enfant sans rien faire d’autre,
Soyez conscient de toutes les qualités de votre enfant,
À table le soir, parlez des bons moments vécus dans la journée,
Soulignez chaque progrès même minime,
Quand vous demandez quelque chose à votre enfant, soyez très précis, très concret,
Promenez-vous avec votre enfant, il adore découvrir le monde en votre présence.
Invitez ses amis à la maison, rien ne lui fera plus plaisir.
Lisez des histoires à votre enfant. Ce sont des moments très précieux, propices à la tendresse et aux échanges, pendant lesquels vous pouvez aborder maints sujets. Quand vous racontez une histoire, faites parler votre enfant à propos des émotions : celles qu’il éprouve mais aussi celles éprouvées par les personnages de l’histoire.

Bonne route avec votre enfant.

BIO

Pédiatre, mère et grand-mère, Catherine Gueguen est passionnée depuis toujours par l’éducation, persuadée qu’elle peut changer profondément les êtres humains. Quand elle a réalisé que les recherches en neurosciences affectives et sociales confirmaient que l’éducation modifiait le cerveau des enfants, elle a souhaité le faire savoir par plusieurs livres, des formations pour les professionnels de l’enfance et de nombreuses conférences.

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